Partager l'article ! Politique : L'individualisation des risques au cœur des réformes: Par Marie-Béatrice Baudet – Le Monde Le "sarkoz ...
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Le "sarkozysme" était déjà une doctrine économique mal identifiée, balançant, par exemple, entre la création (libérale) d'un bouclier fiscal et l'annonce (keynésienne) d'une relance de la politique industrielle. Et voilà que le même questionnement survient concernant la pensée sociale du chef de l'Etat, surtout depuis les couacs d'avril, qu'il s'agisse du revirement opéré sur la carte famille nombreuse - le gouvernement comptait faire une économie en se défaussant sur la SNCF des coûts du dispositif - ou du revenu de solidarité active (RSA), mesure phare du programme présidentiel, dont la généralisation n'est plus acquise.
A écouter ou à lire les discours du président de la République, d'aucuns peuvent y voir l'empreinte de la droite conservatrice, qui vante l'effort, le travail et le mérite contre l'assistanat, bref, les "debouts" contre les "couchés", et prend pour cible les politiques sociales considérées comme une charge et non comme un investissement. Le 8 avril, à Cahors, M.Sarkozy expliquait ainsi "que transmettre à (nos) enfants la facture de nos dépenses de santé et de retraite, via la dette, est profondément immoral". Une phrase que le Parti socialiste (PS) a immédiatement interprétée dans la foulée "comme un avis de tempête sans précédent sur la qualité des retraites des Français et des services de santé". Pour autant, y compris au PS, personne ne considère le chef de l'Etat comme le "Thatcher" français. "Bien sûr que les valeurs mises en avant par le président de la République négligent trop le collectif, estime Gaëtan Gorce, vice-président du groupe socialiste chargé du travail et de l'emploi. Mais je ne vois pas du tout à l'oeuvre une politique délibérée de dérégulation sociale".
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La méthode utilisée, à savoir la priorité donnée à la négociation paritaire - avec moult hommages répétés adressés aux syndicats -, sous l'impulsion à la fois de Raymond Soubie, conseiller social de l'Elysée et de Xavier Bertrand, ministre du travail, sème un peu plus le trouble. Un choix qui a permis d'avancer sur plusieurs chantiers dans lesquels nombre de gouvernements s'étaient embourbés : régimes spéciaux, modernisation du marché du travail, représentativité syndicale, même si, comme le fait remarquer le juriste Jean-Jacques Dupeyroux, directeur de la revue Droit social, "beaucoup de choses restent à faire et à concrétiser". La gauche n'aurait-elle pas joué la même carte ? "Je crois que cette attitude du gouvernement n'a rien de philosophique, elle est surtout utilitaire : Nicolas Sarkozy a parfaitement compris qu'il avait tout intérêt à associer les partenaires sociaux pour faire avancer les réformes", estime Jean Kaspar, consultant en stratégies sociales, ancien secrétaire général de la CFDT et membre de la Commission Attali.
Gaulliste social conforté par la présence d'Henri Guaino, l'un de ses conseillers, dont c'est l'une des écoles de pensée ? Conservateur ? Paternaliste quand le chef de l'Etat promet le 4 février aux salariés de l'usine ArcelorMittal de Gandrange (Moselle) menacée de fermeture "d'assurer la pérennité du site" ? "Rien de tout cela, tranche un expert proche du pouvoir : en matière sociale, Nicolas Sarkozy, c'est le mélange d'un réel volontarisme pour faire bouger un système qui montre des signes d'essoufflement et d'un profond désir d'être à l'écoute".
Une ébauche de portrait qui n'explique pas néanmoins la différence de ton entre le discours-programme prononcé le 18 septembre 2007 à l'occasion du 40e anniversaire de l'Association des journalistes de l'information sociale (AJIS) où, à côté de la valorisation du travail, la question de "l'égalité des chances" était en bonne place, et, sept mois plus tard, celui de Cahors où le coût des politiques sociales est pris pour cible. "La boussole sociale du gouvernement s'est affolée et fait place désormais à une navigation à vue, reprend M. Gorce, car tous les comptes sont au rouge. La contrainte financière et le retour aux équilibres budgétaires réclamé par Bruxelles imposent de réaliser des économies partout."
Bernard Bruhnes, expert en questions sociales à qui Xavier Bertrand et Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d'Etat chargé des affaires européennes, ont confié en février une mission de réflexion "sur la révision de l'agenda social dans le cadre de la présidence française de l'Union européenne", confirme la co-existence d'une double volonté : encourager et conforter les partenaires sociaux à négocier - "ce qui ne coûte rien" - tout en poursuivant la promesse faite en priorité à l'ensemble des Français lors de la campagne présidentielle : la réduction des déficits. "Le problème, constate M. Bruhnes, c'est que les choix retenus pour réaliser des économies sont essentiellement l'oeuvre des missions d'audit confiées à plusieurs grands cabinets anglo-saxons (McKinsey, Accenture, Ernst & Young etc., NDLR) qui ont analysé les dépenses selon un moule technocratique, sans passage par le filtre "politique"". Exemple : l'épisode de la carte famille nombreuse, mesure noyée dans une longue liste d'économies prévues dans le cadre de la modernisation des politiques publiques, qui a été préconisée par ces cabinets. "En effet, explique-t-on, le président n'était pas en situation de décision." Un dysfonctionnement isolé ? La décision à venir sur le RSA permettra de mieux en juger.